Instruments de torture à vendre aux enchères
Un musée de la torture à Carcassonne et un musée de la prison à Fontainebleau

Des associations de défense des droits de l’Homme s’insurgent et entendent manifester contre la vente aux enchères prévue le 3 avril par la maison de ventes Cornette de Saint Cyr de la collection d’instruments de torture de l’ancien bourreau de la république française Fernand Meyssonnier. Mais la vente qui n’apparait pas illégale, aura bien lieu.
Décédé en 2008, Fernand Meyssonnier, exécuteur des arrêts criminels de 1957 à 1961, avait réuni pendant 30 ans des objets, documents et archives se rapportant à la peine capitale et aux supplices du Moyen Âge à aujourd’hui.
Cette collection de plus de 800 lots a été exposée pendant quelques années dans le « Musée de la Justice et des Châtiments » à Fontaine de Vaucluse près d'Avignon (Vaucluse), créé en 1992 par le bourreau et collectionneur. Elle sera dispersée le 3 avril par la société de vente Cornette de Saint Cyr.
La vente comprend un certain nombre d’ « objets de curiosité » qui furent utilisés en leurs temps : pièges pour humains, poire d’angoisse, écrase-mains, entraves, collier à pointes, masques de honte ou d’infamie, berceau de Judas, corde de pendaison, fouets, épées de justice des XVIIe et XVIIIe siècles…
Quelques détails au catalogue sur les supplices infligés font froid dans le dos. Ainsi, on apprend qu’une Vierge de fer ou de Nuremberg (est. 600 euros) est un « instrument de torture, ayant la forme d’un sarcophage en fer garni en plusieurs endroits de longues pointes acérées qui transpercent progressivement la victime lorsque le couvercle se referme ».
Le plus morbide étant les objets parlant d’eux-mêmes comme une baignoire en tôle de fer (est. 1 000 euros) qui fut sans doute utilisée pour commettre des atrocités, et une corbeille en rotin (est. 400 euros) ayant vraisemblablement servi au transport de cadavres. Cet arsenal d’instruments de torture a profondément indigné plusieurs associations de défense des droits de l'homme qui, sous l’égide du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), appellent à manifester contre cette vente. À l’heure du cinquantenaire des accords d'Evian, des Algériens ont été en particulier très choqués de la publicité faite à celui qu’ils appellent le « bourreau d'Alger », car Fernand Meysonnier était en poste là-bas. Même si « aucun des objets proposés à la vente ne concerne la sinistre activité de Meyssonier en Algérie », assure la maison de ventes. (...)
Dans le cas où la vente se déroulerait comme prévu, le Mrap souhaite que les institutions publiques exercent un droit de préemption sur les objets. C’est bien ce qu’espère aussi la maison de ventes qui a recensé près de vingt musées européens (publics ou privés) susceptibles d’être acheteurs, dont le musée de la torture à Carcassonne (Aude) et le musée national des prisons situé dans l'ancienne maison d'arrêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne).Armelle Monvoisin, lejournaldesarts.fr













